Jeu de mémoire/Scherzi della memoria
(trad. in italiano dopo il testo originale)
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De 1929 à 1932, quand il vivait à Francfort, Walter Benjamin participait régulièrement à l’émission de radio L’heure berlinoise (et d’autres) où il s’adressait sur le thème de la ville aux enfants. Chacune de ses interventions devait s’accrocher à la ville. Et il fut un grand flâneur de ville, furetant partout, jusque dans les lieux les plus magiques : les magasins de jouets. De ces émissions, quelques manuscrits furent sauvés de la guerre et une partie fut traduite par Sylvie Muller, en 1885, aux éditions Bourgeois, dans la collection « Détroits », dirigée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe, sous le titre Lumière pour enfants, traduisant l’allemand, Aufklärung für Kinder. Voici un extrait où Walter Benjamin décrit aux enfants un jeu qu’il avait reçu pour son anniversaire. Il faudrait réussir à imaginer Benjamin dans le magasin de jouets, patient et curieux à la découverte de ce qui se fait, à présent qu’il va sur ses 40 ans, cherchant dans le magasin et dans sa mémoire ce jeu, cette boîte : La pêche miraculeuse.
«J’ai, par exemple, vainement cherché un jeu de société qui s’appelait La pêche miraculeuse. Il n’existe plus, semble-t-il. On me l’avait offert pour mon anniversaire : c’était si beau que je vais vous le décrire. En ouvrant la boîte, on voit d’abord quatre murs de carton collés ensemble. On les sort pour les poser sur la table. Les murs sont tapissés de papier brillant imprimé : de plantes aquatiques, poissons, coquillages, varech, tout ce qui peut flotter dans la mer ou se poser sur le fond. Dans un autre casier, on voit vingt à trente poissons différents avec un anneau passé dans le nez. Pourquoi un anneau ? N’est-ce pas réservé aux chameaux ? Voilà ce qu’il en est. L’anneau est en métal. Et les lignes, cinq ou six gracieux bâtonnets, ornés d’un ruban rouge, se terminent non par un ver de terre mais par un petit aimant. Celui qui attrape le plus de poissons a gagné. Mais la pêche obéit à des règles et les poissons, dans cette eau-là, ont tous des numéros différents, de sorte qu’à la fin, au lieu de manger du poisson on fait du calcul mental. Ce jeu-là a disparu.»
Quelle ne fut pas ma surprise, quand mon père, en 1985 ( j’avais alors 8 ans) revenu de son cours de répétition de l’armée, nous offrit, à ma sœur et moi, cette fameuse boîte. Quand Sylvie Muller traduisait « Ce jeu-là a disparu. », de mon côté, j’ouvrais la boîte, montais la mer carrée, mettais les poissons à l’intérieur, préparais la canne à pêche, au milieu du salon, mon père dans sa tenue militaire de grosse laine verte, le ceinturon brun en cuir, avec dans ses poches des biscuits et du chocolat, le régal innocent des petits enfants.
Entre 1900 et 1985, en sachant que vers 1930, selon les propos de Benjamin, ce jeu a disparu, que s’est-il passé ? Par quels strates ce jeu a-t-il dû passer pour réapparaître 50 ans plus tard, dans le salon d’un appartement du petit village de Fully ?
(10.07.07 - julien)
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Dal 1929 al 1932, quando viveva a Francoforte, Walter Benjamin partecipò regolarmente alla trasmissione radiofonica 'L'ora berlinese'(ma anche ad altre), occupandosi di Berlino vista dal lato dei bambini. Sappiamo quanto abbia incarnato il flaneur, furetant dovunque, sin nei luoghi in assoluto più magici: i negozi di giocattoli. Di queste trasmissioni, alcuni manoscritti si sono salvati dalla distruzione della seconda guerra mondiale, e sono stati tradotti da Sylvie Muller, nel 1985, per Bourgeois, nella collana 'Détroits', diretta da Bailly, Deutch e Lacoue-Labarthe, con il titolo 'Lumière pour enfants', che vorrebbe rendere il tedesco 'Aufklärung für kinder'.Questo breve brano della traduzione è quello in cui Benjamin descrive ai bambini un gioco ricevuto in regalo per il suo compleanno. Immaginiamo Benjamin dentro un negozio di giocattoli, curioso e paziente, guardando tutt'intorno - era oltre la trentina - proprio mentre cerca negli scaffali del negozio quel gioco di cui parla nella trasmissione radiofonica, proprio quella scatola, quella de 'La pesca miracolosa'.
"Ho cercato inutilmente, per esempio, la scatola di quel gioco di società chiamato 'La pesca miracolosa'. Mi dicono non esiste più. Me lo avevano regalato per il mio compleanno: era così bello che ho deciso di descrivervelo. Quando si apriva la scatola, c'erano quattro pareti di cartone da incollare. Le prendavamo e le posavamo sul tavolo. Era tappezzate di carta stampata speciale, luccicante, dove brillavano piante acquatiche, pesci, conchiglie, varech, e tutto quello che sta nel mare o sul fondo.
Nell'altro scomparto, c'erano una trentina di pesci, tutti diversi, con un piccolo anello attaccato al naso. Perchè? Non serve solo per i cammelli? ma no...l'anello è di metallo et les ligne, cinque o sei piccoli bastoni, con un piccolo rubino rosso, non par un ver de terre, mais par un petit aimant. Chi riesce a catturare più pesci, ha vinto. Ma la pesca ha le sue regole: ogni pesce, in questo mare speciale, ha un numero preciso, così che, alla fine, tutti fanno i loro conti, sommano i numeri di ogni pesce, per decidere chi ha vinto. Invece di mangiare il pesce, come dopo che si pesca, si fanno le addizioni. Ecco, questo gioco non esiste più."
Che sorpresa quando mio padre, nel 1985 (quando avevo 8 anni), tornando dal suo annuale servizio militare, aveva portato, per me e mia sorella, questa scatola straordinaria. Proprio mentre Sylvie Muller traduceva: 'Ecco, questo gioco non esiste più', nel centro del salone io aprivo la scatola, montavo quel mare quadrato, ci mettevo i pesci dentro, preparavo la canna da pesca, mentre mio padre, vestito di verde-grossa lana-militare, con la cintura in cuoio marrone e nelle tasche i biscotti e la cioccolata, guardava con lo sguardo innocente dei bambini.
Che fine ha fatto questo gioco tra il 1900 e il 1995, sapendo che per Benjamin era già introvabile negli anni trenta? Come è riuscito ad attraversare tutto questo tempo, per materializzarsi cinquant'anni più tardi, nel salone di una casa del piccolo paese svizzero di Fully?
(19.07.07 - trad. di millepiani)
