de l'amour
à Laure, ma mère
Déploie ce que tu as de beau en toi
La nuit, car la nuit est le lieu, le moment et quelque chose d’autre où la question se traverse de part en part. Certains appelleront cela méditation, réflexion, prière. Je garde l’usage de la nuit et celui du silence. Et l’on sait bien, si je cligne de l’œil, que le silence est certainement un cri. Au moins, pour ne par rester dans le jeu des mots, au sens d’une déchirure.
Que dirai-je de l’amour ? J’écoute le ventre, je coupe la tête, une certaine forme de la tête. Acéphale, dans le ventre, l’amour pose : quoi l’amour ? Au début, la question du chiffre dans un calcul infinitésimal. 2 : sans commentaire. Impossible d’arrêter le chiffre deux quand revient la tête : les possibles s’amoncellent, etc. J’appelle cela le délire (dans le sens le plus péjoratif du terme et sans concession) de la raison. Je coupe la tête, je suis ventre : j’annonce deux.
Deux, pour dire l’autre. Celle et celui que je désire et que j’aime –toi-, car il faudra bien à un moment pour ne pas entretenir la parodie de l’ego s’affronter à dire : je t’aime.
[Je me souviens, j’étais assis dans la cuisine de la maison de Bâle, je ne sais plus si c’était la nuit ou la jour, j’étais assis dans la cuisine, certainement quelques livres autour de moi, un café, une cigarette, j’étais en slip, les pieds nus sur le faux carrelage noir et blanc, ou revêtu d’une robe de nuit en coton, j’étais seul, j’ai dû regarder quelque fois à travers la fenêtre, à un moment, quelque chose est survenue, je me souviens : avant tout engagement, engage-toi avec la vie (cette nuit, pour penser cela je me répète le oui sans transition de Nietzsche).
Je me suis mis entièrement nu et me suis posé sur le sol froid, laissant le poids du corps se faire. J’ai fait l’amour avec la vie, sans promesse, sans alliance, sans Dieu, mais avec une certitude bouleversante qui me fit tressaillir le ventre.]
…je t’aime pour la vie… cela est effroyable, surtout si l’on suppose la vie éternelle. Mais la vie, si on ne l’oublie pas, n’est pas infinie. Elle s’arrête dans le terme plus souvent qu’on ne le croit.
A tout instant (cet instant de l’amour et de la mort, n’est pas un instant dans une succession d’autres instants, mais un instant qui se comprend comme une unique surprise, comme un coup d’arrêt, sans aucune mesure) .
Si l’on ne conserve pas cela en mémoire, et tout se tient là, alors l’amour demeure une boucherie (guerre, luxure, souveraineté, sang, sperme, badinage, bigoterie, masturbation, La maladie de la mort).
(14.05.07 - julien)
