Fare della filosofia, significa creare dei concetti, perché i concetti non sono qualcosa di già preesistente. Non sono qualcosa che sia dato già tutto fatto, e in questo senso bisogna definire la filosofia come un’ attività creativa: creazione di concetti.
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Michel Foucault, Dits et écrits 1984 ," Des espaces autres " (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), Architecture, Mouvement, Continuité, n " 5, octobre 1984, pp. 46-49.
M. Foucault n'autorisa la publication de ce texte écrit en Tunisie en 1967 qu'au printemps 1984.
La grande hantise qui a obsédé le XIX' siècle a été, on le sait, l'histoire thèmes du développement et de l'arrêt, thèmes de la crise et du cycle, thèmes de l'accumulation du passé, grande surcharge des morts, refroidissement menaçant du monde. C'est dans le second principe de thermodynamique que le XIXe siècle a trouvé l'essentiel de ses ressources mythologiques. L'époque actuelle serait peut-être plutôt l'époque de l'espace. Nous sommes à l'époque du simultané, nous sommes à l'époque de la juxtaposition, à l'époque du proche et du ,lointain, du côte à côte, du dispersé. Nous sommes à un moment où le monde s'éprouve, je crois, moins comme une grande vie qui se développerait à travers le temps que comme un réseau qui relie des points et qui entrecroise son écheveau. Peut-être pourrait-on dire que certains des conflits idéologiques qui animent les polémiques d'aujourd'hui se déroulent entre les pieux descendants du temps et les habitants acharnés de l'espace. Le structuralisme, ou du moins ce qu'on groupe sous ce nom un petit peu général, c'est l'effort pour établir, entre des éléments qui peuvent avoir été répartis à travers le temps, un ensemble de relations qui les fait apparaître comme juxtaposés, opposés, impliqués l'un par l'autre, bref, qui les fait apparaître comme une sorte de configuration; et à vrai dire, il ne s'agit pas par là de nier le temps; c'est une certaine manière de traiter ce qu'on appelle le temps et ce qu'on appelle l'histoire.
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Il faut cependant remarquer que l'espace qui apparaît aujourd'hui à l'horizon de nos soucis, de notre théorie, de nos systèmes n'est pas une innovation; l'espace lui-même, dans l'expérience occidentale, a une histoire, et il n'est pas possible de méconnaître cet 'entrecroisement fatal du temps avec l'espace. On pourrait dire, pour retracer très grossièrement cette histoire de l'espace, qu'il était au Moyen Age un ensemble hiérarchisé de lieux : lieux sacrés et lieux profanes, lieux protégés et lieux au contraire ouverts et sans défense, lieux urbains et lieux campagnards (voilà pour la vie réelle des hommes); pour la théorie cosmologique, il y avait les lieux supra-célestes opposés au lieu céleste; et le lieu céleste à son tour s'opposait au lieu terrestre; il y avait les lieux où les choses se trouvaient placées parce qu'elles avaient été déplacées violemment et puis les lieux, au contraire, où les choses trouvaient leur emplacement et leur repos naturels. C'était toute cette hiérarchie, cette opposition, cet entrecroisement de lieux qui constituait ce qu'on pourrait appeler très grossièrement l'espace médiéval : espace de localisation.
Cet espace de localisation s'est ouvert avec Galilée, car le vrai scandale de l'ouvre de Galilée, ce n'est pas tellement d'avoir découvert, d'avoir redécouvert plutôt que la Terre tournait autour du soleil, mais d'avoir constitué un espace infini, et infiniment ouvert; de telle sorte que le lieu du Moyen Age s'y trouvait en quelque sorte dissous, le lieu d'une chose n'était plus qu'un point dans son mouvement, tout comme le repos d'une chose n'était que son mouvement indéfiniment ralenti. Autrement dit, à partir de Galilée, à partir du XVIIe siècle, l'étendue se substitue à la localisation.
De nos jours, l'emplacement se substitue à l'étendue qui elle-même remplaçait la localisation. L'emplacement est défini par les relations de voisinage entre points ou éléments; formellement, on peut les décrire comme des séries, des arbres, des treillis.
D'autre part, on sait l'importance des problèmes d'emplacement dans la technique contemporaine : stockage de l'information ou des résultats partiels d'un calcul dans la mémoire d'une machine, circulation d'éléments discrets, à sortie aléatoire (comme tout simplement les automobiles ou après tout les sons sur une ligne téléphonique), repérage d'éléments, marqués ou codés, à l'intérieur d'un ensemble qui est soit réparti au hasard, soit classé dans un classement univoque, soit classé selon un classement plurivoque, etc.
D'une manière encore plus concrète, le problème de la place ou de l'emplacement se pose pour les hommes en termes de démographie; et ce dernier problème de l'emplacement humain, ce n'est pas simplement la question de savoir s'il y aura assez de place pour l'homme dans le monde - problème qui est après tout bien important -, c'est aussi le problème de savoir quelles relations de voisinage, quel type de stockage, de circulation, de repérage, de classement des éléments humains doivent être retenus de préférence dans telle ou telle situation pour venir à telle ou telle fin. Nous sommes à une époque où l'espace se donne à nous sous la forme de relations d'emplacements.
En tout cas, je crois que l'inquiétude d'aujourd'hui concerne fondamentalement l'espace, sans doute beaucoup plus que le temps; le temps n'apparaît probablement que comme l'un des jeux de distribution possibles entre les éléments qui se répartissent dans l'espace.
Or, malgré toutes les techniques qui l'investissent, malgré tout le réseau de savoir qui permet de le déterminer ou de lei formaliser, l'espace contemporain n'est peut-être, pas encore entièrement désacralisé - à la différence sans doute du temps qui, lui, a été désacralisé au XIXe siècle. Certes, il y a bien eu une certaine désacralisation théorique de l'espace (celle à laquelle l'ouvre de Galilée a donné le signal), mais nous n'avons peut-être pas encore accédé à une désacralisation pratique de l'espace. Et peut-être notre vie est-elle encore commandée par un certain nombre d'oppositions auxquelles on ne peut pas toucher, auxquelles l'institution et la pratique n'ont pas encore osé porter atteinte : des oppositions que nous admettons comme toutes données : par exemple, entre l'espace privé et l'espace public, entre l'espace de la famille et l'espace social, entre l'espace culturel et l'espace utile, entre. l'espace de loisirs et l'espace de travail; toutes sont animées encore par une sourde sacralisation.
L'oeuvre - immense - de Bachelard, les descriptions des phénoménologues nous ont appris que nous ne vivons pas dans un espace homogène et vide, mais, au contraire, dans un espace qui est tout chargé de qualités, un espace, qui est peut-être aussi hanté de fantasme; l'espace de notre perception première, celui de nos rêveries, celui de nos passions détiennent en eux-mêmes des qualités qui sont comme intrinsèques; c'est un espace léger, éthéré, transparent, ou bien c'est un espace obscur, rocailleux, encombré : c'est un espace d'en haut, c'est un espace des cimes, ou c'est au contraire un espace d'en bas, un espace de la boue, c'est un espace qui peut être courant comme l'eau vive, c'est un espace qui peut être fixé, figé comme la pierre ou comme le cristal.
Cependant, ces analyses, bien que fondamentales pour la réflexion contemporaine, concernent surtout l'espace du dedans. C'est de l'espace du dehors que je voudrais parler maintenant.
L'espace dans lequel nous vivons, par lequel nous sommes attirés hors de nous-mêmes dans lequel, se déroule précisément l'érosion de notre vie, e notre temps et e notre histoire, cet espace qui nous ronge et nous ravine est en lui-même aussi un espace hétérogène. Autrement dit, nous ne vivons pas dans une sorte de vide, à l'intérieur duquel on pourrait situer des individus et des choses. Nous ne vivons pas à l'intérieur d'un vide qui se colorerait de différents chatoiements, nous vivons à l'intérieur d'un ensemble de relations qui définissent des emplacements irréductibles les uns aux autres et absolument non superposables.
Bien sûr, on pourrait sans doute entreprendre la description de ces différents emplacements, en cherchant quel est l'ensemble de relations par lequel on peut définir cet emplacement. Par exemple, décrire l'ensemble des relations qui définissent les emplacements de passage, les rues, les trains (c'est un extraordinaire faisceau de relations qu'un train, puisque c'est quelque chose à travers quoi on passe, c est quelque chose également par quoi on peut passer d'un oint à un autre et puis c'est quelque chose également qui passe). On pourrait décrire, par le faisceau des relations qui permettent de les définir, ces emplacements de halte provisoire que sont les cafés, les cinémas, les plages. On pourrait également définir, par son réseau de relations, l'emplacement de repos, fermé ou à demi fermé, que constituent la maison, la chambre, le lit, etc. Mais ce qui m'intéresse, ce sont, parmi tous ces emplacements, certains d'entre qui ont la curieuse propriété d'être en rapport avec tous les autres emplacements, mais sur un mode tel qu'ils suspendent, neutralisent ou inversent l'ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, désignés, reflétés ou réfléchis. Ces espaces, en quelque sorte, qui sont en liaison avec tous les autres, qui contredisent pourtant us les autres emplacements, sont de deux grands types.
HETEROTOPIAS
Il y a d'abord les utopies. Les utopies, ce sont les emplacements sans lieu réel. Ce sont les emplacements qui entretiennent avec 1'espace réel de la société un rapport général d'analogie directe ou inversée. C'est la société elle-même perfectionnée ou c'est l'envers de a société, mais, de toute façon, ces utopies sont des espaces qui sont fondamentalement essentiellement irréels.
Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l'institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu'ils sont absolument autres que tous les emplacements qu'ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; et je crois qu'entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d'expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c'est une utopie, puisque c'est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s'ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d'ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent - utopie du miroir. Mais c'est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j'occupe, une sorte d'effet en retour ; c'est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l'autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu'il rend cette place que j'occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l'espace qui l'entoure, et absolument irréelle, puisqu'elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.
Quant aux hétérotopies proprement dites, comment pourrait-on les décrire, quel sens ont-elles? On pourrait supposer, je ne dis pas une science parce que c'est un mot qui est trop galvaudé maintenant, mais une sorte de description systématique qui aurait pour objet, dans une société donnée, l'étude, l'analyse, la description, la " lecture " , comme on aime à dire maintenant, de ces espaces différents, ces autres lieux, une espèce de contestation à la fois mythique et réelle de l'espace où nous vivons; cette description pourrait s'appeler l'hétérotopologie.
Premier principe, c'est qu'il n'y a probablement pas une seule culture au monde qui ne constitue des hétérotopies. C'est là une constante de tout groupe humain. Mais les hétérotopies prennent évidemment des formes qui sont très variées, et peut-être ne trouverait-on pas une seule forme d'hétérotopie qui soit absolument universelle. On peut cependant les classer en deux grands types.
Dans les sociétés dites " primitives " , il y a une certaine forme d'hétérotopies que j'appellerais hétérotopies de crise, c'est-à-dire qu'il y a des lieux privilégiés, ou sacrés, ou interdits, réservés aux individus qui se trouvent, par rapport à la société, et au milieu humain à l'intérieur duquel ils vivent, en état de crise. Les adolescents, les femmes à l'époque des règles, les femmes en couches, les vieillards, etc.
Dans notre société, ces hétérotopies de crise ne cessent de disparaître, quoi qu'on en trouve encore quelques restes. Par exemple, le collège, sous sa forme du XIXe siècle, ou le service militaire pour les garçons ont joué certainement un tel rôle, les premières manifestations de la sexualité virile devant avoir lieu précisément " ailleurs " que dans la famille. Pour les jeunes filles, il existait, jusqu'au milieu du XX siècle, une tradition qui s'appelait le " voyage de noces " ; c'était un thème ancestral. La défloration de la jeune fille ne pouvait avoir lieu " nulle part " et, à ce moment-là, le train, l'hôtel du voyage de noces, c'était bien ce lieu de nulle part, cette hétérotopie sans repères géographiques.
Mais ces hétérotopies de crise disparaissent aujourd'hui et sont remplacées, je crois, par des hétérotopies qu'on pourrait appeler de déviation : celle dans laquelle on place les individus dont le comportement est déviant par rapport à la moyenne ou à la norme exigée. Ce sont les maisons de repos, les cliniques psychiatriques; ce sont, bien entendu aussi, les prisons, et il faudrait sans doute y joindre les maisons de retraite, qui sont en quelque sorte à la limite de l'hétérotopie de crise et de l'hétérotopie de déviation, puisque, après tout, la vieillesse, c'est une crise, mais également une déviation, puisque, dans notre' société où le loisir est la règle, l'oisiveté forme une sorte de déviation.
Le deuxième principe de cette description des hétérotopies, c'est que, au cours de son histoire, une société peut faire fonctionner d'une façon très différente une hétérotopie qui existe et qui n'a pas cessé d'exister; en effet, chaque hétérotopie a un fonctionnement précis et déterminé à l'intérieur de la société, et la même hétérotopie peut, selon la synchronie de la culture dans laquelle elle se trouve, avoir un fonctionnement ou un autre.
Je prendrai pour exemple la curieuse hétérotopie du cimetière. Le cimetière est certainement un lieu autre par rapport aux espaces culturels ordinaires, c'est un espace qui est pourtant en liaison avec l'ensemble de tous les emplacements de la cité ou de la société ou du village, puisque chaque individu, chaque famille se trouve avoir des parents au cimetière. Dans la culture occidentale, le cimetière a pratiquement toujours existé. Mais il a subi des mutations importantes. jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le cimetière était placé au cour même de la cité, à côté de l'église. Là il existait toute une hiérarchie de sépultures possibles. Vous aviez le charnier dans le lequel les cadavres perdaient jusqu'à la dernière trace d'individualité, il y avait quelques tombes individuelles, et puis il y avait à l'intérieur de l'église des tombes. Ces tombes étaient elles-mêmes de deux espèces. Soit simplement des dalles avec une marque, soit des mausolées avec statues. Ce cimetière, qui se logeait dans l'espace sacré de l'église, a pris dans les civilisations modernes une tout autre allure, et, curieusement, c'est à l'époque où la civilisation est devenue, comme on dit très grossièrement, " athée " que la culture occidentale a inauguré ce qu'on appelle le culte des morts.
Au fond, il était bien naturel qu'à l'époque où l'on croyait effectivement à la résurrection des corps et à l'immortalité de l'âme on n'ait pas prêté à la dépouille mortelle une importance capitale. Au contraire, à partir du moment où l'on n'est plus très sûr d'avoir une âme, que le corps ressuscitera, il faut peut-être porter beaucoup plus d'attention à cette dépouille mortelle, qui est finalement la seule trace de notre existence parmi le monde et parmi les mots.
En tout cas, c'est à partir du XIXe siècle que chacun a eu droit à sa petite boîte pour sa petite décomposition personnelle; mais, d'autre part, c'est à partir du XIXe siècle seulement que l'on a commencé à mettre les cimetières à la limite extérieure des villes. Corrélativement à cette individualisation de la mort et à l'appropriation bourgeoise du cimetière est née une hantise de la mort comme " maladie " . Ce sont les morts, suppose-t-on, qui apportent les maladies aux vivants, et c'est la présence et la proximité des morts tout à côté des maisons, tout à côté de l'église, presque au milieu de la rue, c'est cette proximité-là qui propage la mort elle-même. Ce grand thème de la maladie répandue par la contagion des cimetières a persisté à la fin du XVIIIe siècle; et c'est simplement au cours du XIXe siècle qu'on a commencé à procéder aux déplacements des cimetières vers les faubourgs. Les cimetières constituent alors non plus le vent sacré et immortel de la cité, mais l' " autre ville " , où chaque famille possède sa noire demeure.
Troisième principe. L'hétérotopie a le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles. C'est ainsi que le théâtre fait succéder sur le rectangle de la scène toute une série de lieux qui sont étrangers les uns aux autres; c'est ainsi que le cinéma est une très curieuse salle rectangulaire, au fond de laquelle, sur un écran à deux dimensions, on voit se projeter un espace à trois dimensions; mais peut-être est-ce que l'exemple le plus ancien de ces hétérotopies, en forme d'emplacements contradictoires, l'exemple le plus ancien, c'est peut-être le jardin. Il ne faut oublier que le jardin, étonnante création maintenant millénaire, avait en Orient des significations très profondes et comme superposées. Le jardin traditionnel des persans était un espace sacré qui devait réunir à l'intérieur de son rectangle quatre parties représentant les quatre parties du monde, avec un espace plus sacré encore que les autres qui était comme l'ombilic, le nombril du monde en son milieu, (c'est là qu'étaient la vasque et le jet d'eau); et toute la végétation du jardin devait se répartir dans cet espace, dans cette sorte de microcosme. Quant aux tapis, ils étaient, à l'origine, des reproductions de jardins. Le jardin, c'est un tapis où le monde tout entier vient accomplir sa perfection symbolique, et le tapis, c'est une sorte de jardin mobile à travers l'espace. Le jardin, c'est la plus petite parcelle du monde et puis c'est la totalité du monde. Le jardin, c'est, depuis le fond de l'Antiquité, une sorte d'hétérotopie heureuse et universalisante (de là nos jardins zoologiques).
Quatrième principe. Les hétérotopies sont liées, le plus souvent, à des découpages du temps, c'est-à-dire qu'elles ouvrent sur ce qu'on pourrait appeler, par pure symétrie, des hétérochronies ; l'hétérotopie se met à fonctionner à plein lorsque les hommes se trouvent dans une sorte de rupture absolue avec leur temps traditionnel; on voit par là que le cimetière est bien un lieu hautement hétérotopique, puisque le cimetière commence avec cette étrange hétérochronie qu'est, pour un individu, la perte de la vie, et cette quasi éternité où il ne cesse pas de se dissoudre et de s'effacer.
D'une façon générale, dans une société comme la nôtre, hétérotopie et hétérochronie s'organisent et s'arrangent d'une façon relativement complexe. Il y a d'abord les hétérotopies du temps qui s'accumule à l'infini, par exemple les musées, les bibliothèques; musées et bibliothèques sont des hétérotopies dans lesquelles le temps ne cesse de s'amonceler et de se jucher au sommet de lui-même, alors qu'au XVIIe, jusqu'à la fin du XVIIe siècle encore, les musées et les bibliothèques étaient l'expression d'un choix individuel. En revanche, l'idée de tout accumuler, l'idée de constituer une sorte d'archive générale, la volonté d'enfermer dans un lieu tous les temps, toutes les époques, toutes les formes, tous les goûts, l'idée de constituer un lieu de tous les temps qui soit lui-même hors du temps, et inaccessible à sa morsure, le projet d'organiser ainsi une sorte d'accumulation perpétuelle et indéfinie du temps dans un lieu qui ne bougerait pas, eh bien, tout cela appartient à notre modernité. Le musée et la bibliothèque sont des hétérotopies qui sont propres à la culture occidentale du XIX' siècle.
En face de ces hétérotopies, qui sont liées à l'accumulation du temps, il y a des hétérotopies qui sont liées, au contraire, au temps dans ce qu'il a de plus futile, de plus passager, de plus précaire, et cela sur le mode de la fête. Ce sont des hétérotopies non plus éternitaires, mais absolument chroniques. Telles sont les foires, ces merveilleux emplacements vides au bord des villes, qui se peuplent, une ou deux fois par an, de baraques, d'étalages, d'objets hétéroclites, de lutteurs, de femmes-serpent, de diseuses de bonne aventure. Tout récemment aussi, on a inventé une nouvelle hétérotopie chronique, ce sont les villages de vacances; ces villages polynésiens qui offrent trois petites semaines d'une nudité primitive et éternelle aux habitants des villes; et vous voyez d'ailleurs que, par les deux formes d'hétérotopies, se rejoignent celle de la fête et celle de l'éternité du temps qui s'accumule, les paillotes de Djerba sont en un sens parentes des bibliothèques et des musées, car, en retrouvant la vie polynésienne, on abolit le temps, mais c'est tout aussi bien le temps qui se retrouve, c'est toute l'histoire de l'humanité qui remonte jusqu'à sa source comme dans une sorte de grand savoir immédiat.
Cinquième principe. Les hétérotopies supposent toujours un système d'ouverture et de fermeture qui, à la fois, les isole et les rend pénétrables. En général, on n'accède pas à un emplacement hétérotopique comme dans un moulin. Ou bien on y est contraint, c'est le cas de la caserne, le cas de la prison, ou bien il faut se soumettre à des rites et à des purifications. On ne peut y entrer qu'avec une certaine permission et une fois qu'on a accompli un certain nombre de gestes. Il y a même d'ailleurs des hétérotopies qui sont entièrement consacrées à ces activités de purification, purification mi-religieuse, mi-hygiénique comme dans les hammams des musulmans, ou bien purification en apparence purement hygiénique comme dans les saunas scandinaves.
Il y en a d'autres, au contraire, qui ont l'air de pures et simples ouvertures, mais qui, en général, cachent de curieuses exclusions; tout le monde peut entrer dans ces emplacements hétérotopiques, mais, à vrai dire, ce n'est qu'une illusion : on croit pénétrer et on est, par le fait même qu'on entre, exclu. je songe, par exemple, à ces fameuses chambres qui existaient dans les grandes fermes du Brésil et, en général, de l'Amérique du Sud. La porte pour y accéder ne donnait pas sur la pièce centrale où vivait la famille, et tout individu qui passait, tout voyageur avait le droit de pousser cette Porte, d'entrer dans la chambre et puis d'y dormir une nuit. Or ces chambres étaient telles que l'individu qui y passait n'accédait jamais au cour même de la famille, il était absolument l'hôte de passage, il n'était pas véritablement l'invité. Ce type d'hétérotopie, qui a pratiquement disparu maintenant dans nos civilisations, on pourrait peut-être le retrouver dans les fameuses chambres de motels américains où on entre avec sa voiture et avec sa maîtresse et où la sexualité illégale se trouve à la fois absolument abritée et absolument cachée, tenue à l'écart, sans être cependant laissée à l'air libre.
Sixième principe. Le dernier trait des hétérotopies, c'est qu'elles ont, par rapport à l'espace restant, une fonction. Celle-ci se déploie entre deux pôles extrêmes. Ou bien elles ont pour rôle de créer un espace d'illusion qui dénonce comme plus illusoire encore tout l'espace réel, tous les emplacements à l'intérieur desquels la vie humaine est cloisonnée. Peut-être est-ce ce rôle qu'ont joué pendant longtemps ces fameuses maisons closes dont on se trouve maintenant privé. Ou bien, au contraire, créant un autre espace, un autre espace réel, aussi parfait, aussi méticuleux, aussi bien arrangé que le nôtre est désordonné, mal agencé et brouillon. Ça serait l'hétérotopie non pas d'illusion mais de compensation, et je me demande si ce n'est pas un petit peu de cette manière-là qu'ont fonctionné certaines colonies.
Dans certains cas, elles ont joué, au niveau de l'organisation générale de l'espace terrestre, le rôle d'hétérotopie. je pense par exemple, au moment de la première vague de colonisation, au XVIIe siècle, à ces sociétés puritaines que les Anglais avaient fondées en Amérique et qui étaient des autres lieux absolument parfaits.
Je pense aussi à ces extraordinaires colonies de jésuites qui ont été fondées en Amérique du Sud : colonies merveilleuses, absolument réglées, dans lesquelles la perfection humaine était effectivement accomplie. Les jésuites du Paraguay avaient établi des colonies dans lesquelles l'existence était réglée en chacun de ses points. Le village était réparti selon une disposition rigoureuse autour d'une place rectangulaire au fond de laquelle il y avait l'église; sur un côté, le collège, de l'autre, le cimetière, et puis, en face de l'église, s'ouvrait une avenue qu'une autre venait croiser à angle droit; les familles avaient chacune leur petite cabane le long de ces deux axes, et ainsi se retrouvait exactement reproduit le signe du Christ. La chrétienté marquait ainsi de son signe fondamental l'espace et la géographie du monde américain.
La vie quotidienne des individus était réglée non pas au sifflet, mais à la cloche. Le réveil était fixé pour tout le monde à la même heure, le travail commençait pour tout le monde à la même heure; les repas à midi et à cinq heures; puis on se couchait, et à minuit il y avait ce qu'on appelait le réveil conjugal, c'est-à-dire que, la cloche du couvent sonnant, chacun accomplissait son devoir.
Maisons closes et colonies, ce sont deux types extrêmes de l'hétérotopie, et si l'on songe, après tout, que le bateau, c'est un morceau flottant d'espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui- est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l'infini de la mer et qui, de port en port, de bordée en bordée, de maison close en maison close, va jusqu'aux colonies chercher ce qu'elles recèlent de plus précieux en leurs jardins, vous comprenez pourquoi le bateau a été pour notre civilisation, depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, à la fois non seulement, bien sûr, le plus grand instrument de développement économique (ce n'est pas de cela que je parle aujourd'hui), mais la plus grande réserve d'imagination. Le navire, c'est l'hétérotopie par excellence. Dans les civilisations sans bateaux les rêves se tarissent, l'espionnage y remplace l'aventure, et la police, les corsaires.
L'introduzione di Remo Bodei a "Inquietudini e fermenti di libertà nel Rinascimento italiano", volume che raccoglie saggi di filosofia moderna scritti da Nicola Badaloni in più anni, dal 1958 al 2000, pubblicato per ETS di Pisa.
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1. Schopenhauer diceva che si scrive sempre un solo libro, perché ogni individuo continua a riflettere attorno a un pensiero dominante ed ossessivo. Forse è così, ma questo pensiero è sempre articolato e sfumato, visto da angolature differenti, formulato e riformulato in forme sempre nuove. Gli uomini migliori sono quelli che — fedeli a questo pensiero, a se stessi e al proprio tempo, ma capaci di apprendere, senza opportunismi, la lezione della storia — si sforzano di capire, di legare le idee ai condizionamenti storici. Nicola Badaloni è uno di questi. Nella sua vasta opera, che copre un arco di oltre mezzo secolo (cinquantotto anni, per l’esattezza, perché il suo primo articolo compare nel 1946, quando aveva appena ventidue anni), l’unico suo libro si articola in tre grandi capitoli (relativi alle opere di storia locale e di taglio civile, alla filosofia italiana, al marxismo), strettamente intrecciati e frutto di un lavoro che si diversifica mantenendo la coerenza.
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28.10.05
"Per Nicola Badaloni" di Remo Bodei
L'introduzione di Remo Bodei a "Inquietudini e fermenti di libertà nel Rinascimento italiano", volume che raccoglie saggi di filosofia moderna scritti da Nicola Badaloni in più anni, dal 1958 al 2000, pubblicato per ETS di Pisa.
1. Schopenhauer diceva che si scrive sempre un solo libro, perché ogni individuo continua a riflettere attorno a un pensiero dominante ed ossessivo. Forse è così, ma questo pensiero è sempre articolato e sfumato, visto da angolature differenti, formulato e riformulato in forme sempre nuove. Gli uomini migliori sono quelli che — fedeli a questo pensiero, a se stessi e al proprio tempo, ma capaci di apprendere, senza opportunismi, la lezione della storia — si sforzano di capire, di legare le idee ai condizionamenti storici. Nicola Badaloni è uno di questi. Nella sua vasta opera, che copre un arco di oltre mezzo secolo (cinquantotto anni, per l’esattezza, perché il suo primo articolo compare nel 1946, quando aveva appena ventidue anni), l’unico suo libro si articola in tre grandi capitoli (relativi alle opere di storia locale e di taglio civile, alla filosofia italiana, al marxismo), strettamente intrecciati e frutto di un lavoro che si diversifica mantenendo la coerenza.
Nato nel 1924 e cresciuto, come racconta, nella Livorno fascista dominata dalla dinastia dei Ciano, dolorosamente colpito dalla discriminazione razziale, sviluppa tra la sua città e l’Università di Pisa le proprie convinzioni politiche e filosofiche, senza mai separare la teoria dall’impegno civile. Avviato all’antifascismo dalle letture di Croce (preferito a Gentile, a causa della sua teoria metapolitica della libertà, nettamente separata dal liberalismo) e dalle lezioni brevemente frequentate di Guido Calogero, e introdotto al marxismo dalle discussioni con Arturo Massolo e Cesare Luporini, dopo aver preso parte alla Resistenza con il nome di battaglia di "Marco", è in seguito benvoluto sindaco di Livorno (dal 1954 al 1966), presidente dell’Istituto Gramsci nazionale e preside della facoltà di Lettere di Pisa negli anni più duri del movimento studentesco e del terrorismo. All’interno del partito comunista combatte, al fianco di Pietro Ingrao, la sua battaglia politica, cercando sempre di coniugare la libertà dell’individuo alla solidarietà sociale, consapevole del fatto che esistono condizionamenti, soprattutto economici, che limitano tale libertà e che la democrazia ha il dovere di rimuoverli.
L’impegno civile si concentra culturalmente, a livello locale, nell’amore per la sua città, che si manifesta in ricerche eminentemente storiche quali Democratici e socialisti nella Livorno dell’800, del 1966, Il pensiero politico di Francesco Domenico Guerrazzi, del 1973 o Movimento operaio e lotta politica a Livorno 1900-1926, del 1976 (in collaborazione con F. Pieroni Bortolotti), dove vengono individuati i fermenti popolari di emancipazione che hanno accompagnato le vicende livornesi.
2. La seconda linea di ricerca seguita con più intensità e per decenni da Nicola Badaloni è quella legata alla filosofia italiana, nell’arco che va da Giordano Bruno sino a Gramsci e oltre, attraverso le grandi figure di Campanella, Galilei, Vico e Conti, per giungere sino a Labriola, Croce, Gentile e Gramsci. Della filosofia italiana viene colta proprio la costante e prevalente vocazione civile, intendendo per "civile" un pensiero non immediatamente legato alla dimensione statale, né a quella religiosa o all’interiorità. Sin dalle origini umanistico-rinascimentali i suoi interlocutori privilegiati non sono, infatti, gli specialisti, i chierici o gli studenti che frequentano l’università, ma un pubblico più vasto, una società civile che si cerca di orientare, di persuadere e di plasmare, anche sul piano scientifico, come mostra l’attenzione di Galilei per la coscienza comune, che bisogna educare alla nuova scienza, ma anche l’attività di alcuni scienziati del Settecento (per cui si veda il volume Antonio Conti. Un abate libero pensatore tra Newton e Voltaire, del 1968). Aggiungo, che filosofie italiane sono, in generale, più filosofie della "ragione impura", che tengono conto dei condizionamenti, delle imperfezione e delle possibilità del mondo, che non della ragion pura o dell’astrazione. Tendono cioè alla concretezza, nel senso etimologico del latino concretus, participio passato del verbo concrescere, che indica appunto ciò che cresce insieme ad altro in modo denso e spesso.
Dell’operosità di Nicola Badaloni — frutto, in questo come in altri campi, di innumerevoli giornate passate nelle biblioteche — sono, per quanto riguarda il Nolano, La filosofia di Giordano Bruno, del 1955, Giordano Bruno. Tra cosmologia ed etica, del 1988, sino alla prefazione all’edizione di Bruno, Cabale du chéval pégaséen, nel quadro dell’edizione delle opere complete del Nolano presso le Belles Lettres, del 1994. Rispetto a Campanella (cui è dedicato il volume Tommaso Campanella, del 1965), Bruno appare più autonomo e meno disposto a compromessi, vicino, certo all’ermetismo, ma non a quello degli autori individuati dalla Yates, bensì a quello di Michele Serveto,
A Vico, oggetto della tesi di laurea con Cesare Luporini, del 1945, Badaloni si avvicina presto, giacché riscontra in lui un filosofo che segnala "l’importanza cognitiva della storia". Badaloni è, peraltro, il primo ad indagare in profondità (nel volume Introduzione a G.B. Vico, del 1961, e poi nell’Introduzione a Vico, del 1984, della collana "I filosofi" di Laterza) l’ambiente napoletano entro cui matura il pensiero vichiano e a problematizzare la tensione ivi presente tra gli impulsi naturali all’autoconservazione e le esigenze della socialità, tra il mondo fattuale e l’emergere della ragione". Di Vico Badaloni ha anche introdotto le Opere filosofiche, nel 1971 e le Opere giuridiche. Il diritto universale, del 1974 (entrambe curate da Paolo Cristofolini).
Una robusta sintesi delle vicende della filosofia italiana tra illuminismo e romanticismo viene fornita nel lungo saggio La cultura, nel terzo volume della Storia d’Italia dell’Einaudi, Dal primo Settecento all’Unità, del 1973.
3. La concezione vichiana della storia rimane centrale e inaggirabile anche nella riflessione teorica. Ciò induce Badaloni, nella sua terza linea di ricerca, a considerare il marxismo come storicismo e ad opporsi all’anti-storicismo di Luporini, legato (oltre che alla lotta politica all’interno del PCI contro la vecchia classe dirigente) allo strutturalismo althusseriano. In una intervista a Vittoria Franco del 1999, lo storicismo è difeso contro i diffusi fraintendimenti: "Oggi si parla dello storicismo come di una teoria della storia e non di una penetrazione comparativa della diversità degli ambienti storici illuminata da una coscienza critica". In Marxismo come storicismo, del 1962, tale impostazione si chiarisce, mostrando in filigrana quanto la consuetudine con la ricerca storica e con gli studi vichiani abbiano contribuito a "individuare i percorsi dell’azione storica in funzione dei fini possibili". Contro ogni primato della categoria di necessità, in quest’opera l’accento cade sul nesso tra condizioni e possibilità, sull’attenzione ai vincoli delle situazioni storiche concrete (ai fatti naturali, economici, politici, religiosi, scientifici e culturali da interpretare) allo scopo di trovare dei valichi che le oltrepassino in vista di un incremento della libertà dei singoli e, soprattutto, della giustizia sociale. La storia è piena di sorprese e di astuzie e può rendere possibile quanto a prima vista non lo è.
In questo senso, la dialettica, rivendicata da Badaloni, indica le possibilità di costruzione e di negazione consce e inconsce dell’esistente all’interno dei condizionamenti reali e rinvia alla convinzione che il comunismo possa, nel lungo periodo, essere compatibile con la libertà individuale, che è, comunque, un prodotto storico, anche se di valore epocale. Si vedano, per il contesto, Per il comunismo. Questioni di teoria, del 1972, Marx e la ricerca della libertà comunista, in Storia del marxismo, del 1978, Dialettica del capitale, del 1980 (il libro la cui composizione più ha appassionato Badaloni) e Forme della politica e teoria del cambiamento, del 1983.
Non bisogna appiattirsi sul presente immediato, ma allargare l’orizzonte della consapevolezza e della teoria, vivere in un presente dilatato, capace di memoria del passato e di edificazione del futuro, nella trasmissione di sapere e di esempi alle generazioni venture, ciò che implica anche una pedagogia politica (si veda, per alcuni, aspetti, la Storia della pedagogia, composta in collaborazione con D. Bertoni Jovine e pubblicata in tre volumi tra il 1966 e il 1968). Contro ogni retorica umanistica, tale orizzonte deve includere la scienza e i presupposti del ricambio organico tra uomo e natura.
4. Il marxismo, dopo la Rivoluzione d’Ottobre (che è, gramscianamente, una "rivoluzione contro Il capitale"), si è certo modificato profondamente. La Russia sarebbe stata pronta a cambiamenti radicali solo se appoggiata da almeno un paese occidentale economicamente e socialmente più progredito, mentre ha dovuto, con tragici sforzi, recuperare a tappe forzate il passato, che non ha mai conosciuto, di altre nazioni. Di questa evoluzione-involuzione si trovano in Gramsci le diagnosi più acute, assieme alla proposta strategica di considerare la società civile dei paesi dell’Occidente come luogo di sviluppo dell’egemonia in contrasto con la dittatura (si vedano Il marxismo di Gramsci. Dal mito alla ricomposizione politica, del 1975, e Gramsci: la filosofia della prassi, del 1981). Si apre così la prospettiva di un’eventuale conquista del potere per via democratica. Il pensiero di Gramsci, ancora molto studiato nell’America anglo-sassone e in quella latina e considerato una miniera ancora in gran parte da sfruttare, oltre che un modello eminente di criticità, viene riproposto con forza per articolare con maggiore lucidità le tematiche della democrazie e della libertà nella prospettiva di una umanità più ricca e meno soggetta alle forze cieche della natura e della società.
Rispetto a quelli che Paul Ricoeur ha definito i "maestri del sospetto" (Marx, Nietzsche, Freud), coloro che mettono in rilievo l’agire alle spalle degli uomini di forze anonime e inconsce — rispettivamente l’economia, la corporeità e l’inconscio —, Badaloni mantiene una posizione saggia: non le ritiene assolute, tali cioè da annullare l’autonomia e la libertà dei singoli, ma neppure le vede automaticamente superabili dalla coscienza e dalla buona volontà dei singoli: finché non verranno messe sotto controllo, agiranno sulla vita dei singoli e delle comunità. Per questo è nel giusto Gramsci, quando sostiene che il materialismo è vero e l’idealismo è falso, ma solo sino a quando tali forze avranno un incontrastato dominio o troveranno una debole opposizione, ma diventerà invece falso (e l’idealismo diventerà parallelamente vero) in proporzione all’accresciuta capacità di sottometterle da parte dell’umanità associata.
Nelle analisi di Badaloni il marxismo, lontano da ogni vulgata, conserva la sua capacità di strumento di comprensione del mondo, di erogatore di energie di cambiamento, di guida per lo sviluppo di una prassi razionale. E questo anche nel momento in cui i suoi esperimenti di realizzazione storica sono falliti e il capitalismo ha riportato un’indiscutibile vittoria. Il crollo reale e simbolico del muro di Berlino non cancella le aspirazioni di miliardi di persone a una maggiore eguaglianza e libertà nel quadro di una vita migliore. Evolvendosi e adattandosi ai cambiamenti, le potenze economiche hanno coinvolto altri soggetti. Il proletariato industriale non è più, infatti, l’unico obiettivo di sfruttamento del capitale: lo sono, nei paesi ad alto grado di industrializzazione, gli immigrati, di cui il capitale stesso ha bisogno, ma che vuole mantenere in stato di bisogno e di soggezione.
Al di là del Badaloni studioso, mi piace in conclusione ricordare le sue doti umane: la generosità e la disponibilità verso i giovani, la tenacia con cui ha difeso e difende le sue idee a costo di affrontare l’inattualità, l’applicazione costante allo studio, la capacità di inserire ricerche erudite in un quadro più generale. Egli rappresenta un exemplar humanae vitae, che ha dato molto a tutti: la nostra riconoscenza non è che il segno di una restituzione, per un debito che resterà inestinguibile.
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Da 'Impero', un estratto.
Abbiamo potuto comprendere da un punto di vista giuridico alcuni elementi della genesi ideale dell’Impero, ma sarebbe difficile se non impossibile, restando all’interno di questa prospettiva, comprendere come la "macchina" imperiale è effettivamente messa in opera. Le teorie e i sistemi giuridici rinviano costantemente ad altra cosa che a se stesse. Attraverso l’evoluzione e l’esercizio del diritto, esse indicano le condizioni materiali che definiscono il loro progetto sulla realtà sociale. La nostra analisi deve dunque scendere a livello del concreto ed esplorare qui la trasformazione materiale del paradigma del potere. Dobbiamo scoprire i mezzi e le forze di produzione della realtà sociale, tanto quanto le soggettività che lo animano.
Il biopotere nella "società di controllo"
A più titoli, i lavori di Michel Foucault hanno preparato il terreno per un esame dei meccanismi del potere imperiale. In primo luogo, questi lavori ci consentono di riconoscere un passaggio storico e decisivo, nelle forme sociali, dalla società disciplinare alla società di controllo. La società disciplinare è la società nella quale il controllo sociale viene costruito attraverso una rete sociale ramificata di dispositivi che producono e controllano costumi, abitudini e pratiche produttive. Mettere questa società al lavoro ed assicurarne l’obbedienza al suo potere e ai suoi meccanismi d’integrazione e/o di esclusione si ottiene tramite istituzioni disciplinari - la prigione, la fabbrica, il manicomio, l’ospedale, l’università, la scuola, etc - che strutturano il terreno sociale e offrono una logica propria alla "ragione" della disciplina. Il potere disciplinare governa in effetti, strutturando i parametri e i limiti di pensiero e di pratica, sanzionando e/o prescrivendo i comportamenti devianti e/o normali; Foucault si riferisce abitualmente all’Ancien Regime e al periodo classico della civilizzazione francese per illustrare l’apparizione della disciplinarietà, ma potremmo dire, più in generale, che la prima fase di accumulazione capitalista nella sua interezza(in Europa come altrove) si è fatta secondo questo modello di potere. Dobbiamo comprendere al contrario la società di controllo come la società che si sviluppa alla fine ultima della modernità e apre sul post-moderno, e nella quale i meccanismi di controllo si fanno vieppiù "democratici", sempre più immanenti al campo sociale, diffusi nel cervello e nel corpo dei cittadini. I comportamenti d’integrazione e di esclusione sociale propri del potere sono anche sempre più interiorizzati dai soggetti stessi. Il potere si esercita a questo punto tramite macchine che organizzano direttamente i cervelli (grazie a sistemi di vantaggi sociali, di attività inquadrate, etc) verso uno stato di alienazione autonoma, partendo dal senso della vita e dal desiderio di creatività. La società di controllo potrebbe anche essere caratterizzata da una intensificazione ed una generalizzazione di apparecchi(sistemi) della disciplinarietà che animano dall’interno le nostre pratiche comuni e quotidiane; ma al contrario della disciplina, questo controllo si estende ben al di là dei luoghi strutturati delle istituzioni, tramite reti flessibili, modulabili e fluttuanti.
In secondo luogo, il lavoro di Foucault ci permette di riconoscere la natura biopolitica di questo nuovo paradigma del potere. Il biopotere è una forma di potere che regge e regolamenta la vita sociale dall’interno, seguendola, interpretandola, assimilandola e riformulandola. Il potere non può ottenere un controllo effettivo sulla vita intera della popolazione che diventando una funzione integrante e vitale che ogni individuo possa abbracciare e riattivare in modo assolutamente volontario. Come dice Foucault" La vita è ora diventata ( ...) un oggetto di potere". La funzione più alta di questo potere è di investire la vita in ogni sua parte e il suo primo compito è quella di amministrarla. Il biopotere si riferisce anche a una situazione nella quale ciò che è direttamente in gioco nel potere è la produzione e la riproduzione della vita stessa.
Questi due elementi del lavoro di Foucault si raccordano l’uno all’altro nel senso che solo la società di controllo è in grado di adottare il contesto biopolitico come suo terreno esclusivo di referenza. Nel passaggio dalla società disciplinare a quella di controllo, un nuovo paradigma di potere si realizza, che viene definito dalle tecnologie che riconoscono la società come ambito del biopotere. Nella società disciplinare, gli effetti delle tecnologie biopolitiche erano ancora parziali nel senso che la messa a norma si faceva secondo una logica relativamente rigida, geometrica e quantitativa. La disciplinarietà fissava gli individui nel quadro delle istituzioni, ma non riusciva ad consumarli/renderli inconsistenti al ritmo delle pratiche e della socializzazione produttrice; non arrivava al punto di penetrare interamente le coscienze e i corpi degli individui, al punto di sottometterli e organizzarli nella totalità delle loro attività. Nella società disciplinare, dunque, la relazione tra il potere e l’individuo restava una relazione statica: l’invasione disciplinare del potere controbilanciava la resistenza dell’individuo. Al contrario, quando il potere diventa interamente biopolitico, l’insieme del corpo sociale viene abbracciato dalla macchina del potere e sviluppato nella sua virtualità. Questa relazione è aperta, qualitativa e affettiva. La società, sussunta ad un potere che scende fino ai centri vitali della struttura sociale e dei suoi processi di sviluppo, reagisce come un corpo unico. Il potere si esprime anche come un controllo che invade le profondità delle coscienze e dei corpi della popolazione- e che si estende, allo stesso tempo, attraverso la totalità delle relazioni sociali. In questo passaggio dalla società disciplinare alla società di controllo, possiamo dunque affermare che la relazione- sempre più intensa- di implicazione reciproca di tutte le forze sociali, che il capitalismo ha cercato attraverso il suo sviluppo, è ora completamente realizzato. Marx riconosceva qualcosa di simile in ciò che chiamava il passaggio dalla sussunzione formale alla sussunzione reale del lavoro sotto il capitale e, più tardi, i filosofi della scuola di Francoforte hanno analizzato il passaggio ( molto prossimo) della sussunzione della cultura ( e delle relazioni sociali) sotto la figura totalitaria dello Stato, o realmente nella dialettica perversa dei Lumi. Comunque, il passaggio al quale noi ci riferiamo è fondamentalmente differente: in luogo di focalizzarsi sul carattere unidimensionale del processo descritto da Marx, poi riformulato ed esteso dalla Scuola di Francoforte, il passaggio evocato da Foucault tratta fondamentalmente del paradosso della pluralità e della molteplicità- prospettiva che Deleuze e Guattari sviluppano ancor più chiaramente. L’analisi della sussunzione reale, quando questa sia compresa come un investimento non solamente della dimensione economica o culturale della società, ma anche- e piuttosto- del bios sociale stesso, e quando essa sia attenta alle modalità della disciplinarietà e/o del controllo, turba l’immagine lineare e totalitaria dello sviluppo capitalista. La società civile è assorbita nello Stato, ma la conseguenza di questo è un’esplosione degli elementi che erano prima correlati e mediati nella società civile. Le resistenze non sono più marginali ma attive nel cuore di una società che si espande in rete; i punti individuali sono singolarizzati in " mille piani". Quello che Foucault costruiva implicitamente- e che Deleuze e Guattari hanno reso esplicito- è, di conseguenza, il paradosso di un potere che, mentre unifica e ingloba in se stesso tutti gli elementi della vita sociale ( e perdendo allo stesso tempo la sua capacità di mediare effettivamente le differenti forze sociali), rivela in questo stesso momento un nuovo contesto, un nuovo "milieu" (ambito) di pluralità e singolarizzazione non controllabile- un ambito dell’evento.
Queste teorie della società di controllo e del biopotere descrivono entrambe gli aspetti fondamentali del concetto d’Impero. Questo concetto è il quadro nel quale la nuova universalità dei soggetti deve essere compresa ed è la finalità verso cui tende il nuovo paradigma del potere. Un vero abisso si apre qui tra gli antichi quadri teorici della legge internazionale (nella sua forma contrattuale o nella forma delle Nazioni Unite) e la nuova realtà della legge imperiale. Tutti gli elementi intermedi del processo sono scomparsi de facto, sebbene la legimittità dell’ordine internazionale non può più costruirsi tramite mediazioni, ma deve piuttosto essere compreso subito e immediatamente in tutta la sua diversità. Abbiamo già riconosciuto questo fatto da un punto di vista giuridico. Abbiamo visto, in effetti, che quando la nuova nozione di diritto emerge nel contesto della mondializzazione e si presenta come capace di trattare la totalità della sfera planetaria come un insieme sistematico unico, bisogna supporre un presupposto immediato (l’azione in uno stato di emergenza) e una tecnologia appropriata, flessibile e formativa (le tecniche di polizia).
Anche se lo stato di emergenza e le tecniche di polizia costituiscono il nocciolo duro e l’elemento centrale del nuovo diritto imperiale, questo nuovo regime non ha comunque niente a che vedere con gli artifici giuridici della dittatura o del totalitarismo che sono stati descritti in altri tempi ed a squilli sonanti di tromba da molti (e financo troppi, in effetti) autori. Al contrario, il potere della legge continua a giocare un ruolo centrale nel contesto dell’evoluzione contemporanea: il diritto resta in vigore e - precisamente grazie allo stratagemma dello stato di emergenza e delle tecniche di polizia - diventa procedura. E’ una trasformazione radicale che rivela la relazione non mediata tra il potere e le soggettività, e dimostra allo stesso tempo in una volta l’impossibilità di mediazioni "anteriori" e la diversità temporale non controllabile dell’evento. Dominare gli spazi illimitati del globo, penetrare le profondità del mondo biopolitico e affrontare una temporalità imprevedibile: tali sono le determinazioni sulle quali il nuovo diritto sovranazionale dev’esser definito. E’ là che il concetto d’Impero deve lottare per stabilirsi, là dove deve dar prova della sua efficacia - partendo dove la macchina deve essere avviata.
Da questo punto di vista, il contesto biopolitico del nuovo paradigma è perfettamente centrale per la nostra analisi. E’ quello che offre al potere una scelta, non soltanto tra obbedienza e disobbedienza o tra partecipazione politica formale o rifiuto, ma anche per tutte le alternative di vita e di morte, di ricchezza e povertà, di produzione e riproduzione sociale, etc; Ferme restando le grandi difficoltà che la nuova nozione di diritto incontra per rappresentare questa dimensione del potere dell’Impero, e tenuto conto della sua incapacità di toccare il biopotere concretamente in tutti i suoi aspetti materiali, il diritto imperiale non può rappresentare ( nel migliore dei casi) che parzialmente lo schema sottostante della nuova costituzione di un ordine mondiale, e non saprebbe realmente concepire il motore che lo mette in movimento. La nostra analisi deve dunque concentrarsi piuttosto sulla dimensione produttrice del biopotere.
La produzione della vita
La questione della produzione, in relazione con il biopotere e la società di controllo, rivela comunque una reale debolezza del lavoro degli autori dai quali abbiamo preso a prestito queste nozioni. Dobbiamo chiarire anche le dimensioni "vitali" o biopolitiche dell’opera di Foucault, in relazione con la dinamica di produzione. In numerosi lavori della metà degli anni Settanta, il filosofo ha affermato che non si potrebbe comprendere il passaggio dallo Stato "sovrano" dell’Ancien Régime allo Stato " disciplinare" senza mettere in conto il modo in cui il contesto biopolitico è stato progressivamente asservito all’accumulazione capitalista: "Il controllo della società sugli individui non si effettua solamente attraverso la coscienza o l’ideologia, ma anche nel corpo e con il corpo. Per la società capitalista, è la biopolitica che conta di più, il biologico, il somatico, il corporale." Il primo degli obiettivi centrali della sua strategia di ricerca, in quel periodo, era di andare al di là delle versioni del materialismo storico - ivi comprese numerose varianti della teoria marxista - che consideravano il problema del potere e della riproduzione sociale su un piano sovrastrutturale, distinto dal piano reale e fondamentale della produzione. Foucault tentava anche di ricondurre il problema della riproduzione sociale e tutti gli elementi della" sovrastruttura" entro i limiti della struttura materiale fondamentale, e di definire questo terreno non solo in termini economici, ma anche in termini culturali, corporali e soggettivi. Possiamo anche comprendere come la concezione che Foucault aveva dell’insieme sociale si realizza e si perfeziona quando, in una fase successiva del suo lavoro, ha scoperto le linee emergenti della società di controllo come immagine del potere attivo attraverso la biopolitica globale della società. Non sembra tuttavia che Foucault - sebbene abbia efficacemente percepito l’orizzonte biopolitico della società e l’abbia definito come un campo di immanenza - sia mai riuscito a liberare il suo pensiero da questa epistemologia strutturalista che guidava la sua ricerca dal principio. Per "epistemologia strutturalista", intendiamo qui la reinvenzione di un’analisi funzionalista nell’ambito delle scienze umane, metodo che sacrifica effettivamente la dinamica del sistema, la temporalità creatrice del suo movimento e la sostanza ontologica della riproduzione culturale e sociale. In effetti, se, giunto a questo punto, avessimo domandato a Foucault, chi (o cosa) diriga il sistema, o piuttosto cos’è il "bios", la sua risposta sarebbe stata non udibile o inesistente. In fin dei conti, ciò che Foucalt non è riuscito a comprendere, è proprio la dinamica reale della produzione nella società biopolitica.
Al contrario, Deleuze e Guattari ci offrono una comprensione propriamente poststrutturalista del biopotere, che rinnova il pensiero materialista e si ancora saldamente alla questione della produzione dell’essere sociale. Il loro lavoro demistifica lo strutturalismo e tutte le concezioni filosofiche, sociologiche e politiche che fanno della fissità del quadro epistemologico un punto di riferimento inevitabile. Concentrano la loro attenzione sulla sostanza ontologica della produzione sociale. Le macchine producono: il funzionamento costante delle macchine sociali, nei loro diversi apparati e nelle loro diverse combinazioni, produce il mondo con i soggetti e gli oggetti che lo costituiscono. Deleuze e Guattari, nondimeno, non sembrano essere capaci di concepire positivamente che le tendenze al movimento continuo e i flussi assoluti; così anche nel loro pensiero, gli elementi creatori e l’ontologia radicale della produzione del sociale restano senza sostanza e potere. Scoprono la produttività della riproduzione sociale - produzione innovatrice, produzione di valori, relazioni sociali, affetti, futuri, etc. - ma riescono solo ad articolarla in modo superficiale ed effimero, come un orizzonte caotico indeterminato, segnato dall’evento inafferrabile.
Possiamo concepire più agevolmente la relazione tra produzione sociale e biopotere nell’opera di un gruppo di marxisti italiani contemporanei: questi riconoscono in effetti la dimensione biopolitica in funzione della nuova natura del lavoro produttivo e della sua evoluzione vivente nella società, ed utilizzano per farlo espressioni come "intellettualità di massa" e "lavoro immateriale", come pure il concetto marxista di "intelligenza generale". Queste analisi partono da due progetti di ricerca correlati. Il primo consiste nell’analisi delle trasformazioni recenti del lavoro produttivo e della sua tendenza a diventare sempre più immateriale. Il ruolo centrale precedentemente occupato dalla forza del lavoro degli operai di fabbrica nella produzione del plusvalore è oggi assunto in modo crescente da una forza lavoro intellettuale, immateriale e fondata sulla comunicazione. E’ anche necessario sviluppare una nuova teoria politica del plusvalore, capace di porre il problema di questa nuova accumulazione capitalista al centro del meccanismo di sfruttamento ( e dunque - forse - al centro della rivolta potenziale). Il secondo progetto ( seguito logico del primo) sviluppato da questa scuola consiste nell’analisi della dimensione sociale ed immediatamente comunicante del lavoro vivo nella società capitalista contemporanea; pone anche con insistenza il problema delle nuove figure della soggettività, al tempo stesso nel loro sfruttamento e nel loro potenziale rivoluzionario. La dimensione immediatamente sociale dello sfruttamento del lavoro vivo immateriale sommerge il lavoro in tutti gli elementi relazionali che definiscono il sociale, ma attiva anche, allo stesso tempo, gli elementi critici che sviluppano il potenziale di insubordinazione e di rivolta attraverso l’insieme delle pratiche lavorative. Dopo una nuova teoria del plusvalore, dunque, bisogna formulare una nuova teoria della soggettività, che passa e funziona fondamentalmente tramite la conoscenza, la comunicazione e il linguaggio.
Queste analisi hanno anche ristabilito l’importanza della produzione nel quadro del processo biopolitico della costituzione sociale, ma l’hanno ugualmente isolata sotto certi aspetti, assumendola nella sua forma pura e affinandola sul piano ideale. Esse hanno lavorato come se scoprire le nuove forme delle forze produttrici - lavoro immateriale, lavoro intellettuale massificato, lavoro de" l’intelligenza diffusa" - fosse sufficiente per cogliere concretamente la relazione dinamica e creatrice tra produzione materiale e riproduzione sociale. Reinserendo la produzione nel contesto biopolitico, la presentano quasi esclusivamente sull’orizzonte del linguaggio e della comunicazione. Il primo degli errori più gravi, da parte di questi autori, è dunque stato la tendenza a trattare le nuove pratiche lavorative nella società biopolitica solo nei loro aspetti intellettuali e non materiali. Ora la produttività dei corpi e il valore degli affetti sono, al contrario, assolutamente centrali in questo contesto. Noi affronteremo dunque i tre aspetti principali del lavoro immateriale nell’economia contemporanea: il lavoro di comunicazione della produzione industriale, recentemente connesso dentro la rete d’informazione; il lavoro di interazione dell’analisi simbolica e della risoluzione dei problemi; il lavoro di produzione e di manipolazione degli affetti. Questo terzo aspetto, con la sua focalizzazione sulla produttività del corporale e del somatico, è un elemento estremamente importante nelle reti contemporanee della produzione biopolitica. Il lavoro di questa scuola e la sua analisi dell’intelligenza generale segnano dunque un progresso certo, ma il suo quadro concettuale resta troppo puro, quasi angelico. In ultima analisi, queste nuove teorie non fanno, anch’esse, altro che grattare la superficie della dinamica produttrice del nuovo quadro teorico del biopotere.
Il nostro proposito è dunque di lavorare a partire da queste ricerche parzialmente riuscite per riconoscere il potenziale della produzione biopolitica. E’ precisamente raffrontando in modo coerente le differenti caratteristiche che definiscono il contesto biopolitico che abbiamo descritto finora, e riconducendole all’ontologia della produzione, che saremo in grado di identificare la nuova figura del corpo biopolitico collettivo- che potrà comunque restare tanto contraddittorio quant’è paradossale. E’ che questo corpo diventa struttura non negando la forza produttrice originaria che lo anima, ma riconoscendola; diventa linguaggio- insieme scientifico e sociale- perchè si tratta di una moltitudine di corpi singoli e determinati in cerca di una relazione. E’ anche, insieme, produzione e riproduzione, struttura e sovrastruttura, perchè è vita nel senso più pieno e politico in senso proprio. La nostra analisi deve calarsi nella giungla delle determinazioni produttrici e conflittuali che ci offre il corpo biopolitico collettivo. Il contesto della nostra analisi deve dunque essere lo sviluppo della vita stessa, il processo della costituzione del mondo e della storia. L’analisi dovrà essere proposta non tramite forme ideali, ma nel quadro della complessità densa dell’esperienza.
Società e comunicazione
Domandandoci come gli elementi politici e sovrani della macchina imperiale arrivano a costituirsi, scopriamo che non è assolutamente necessario limitare la nostra analisi alle istituzioni regolatrici sovranazionali stabilite, e neppure concentrarla su di esse. Le organizzazioni delle Nazioni Unite, con le loro grandi agenzie multinazionali e transnazionali per la finanza e il commercio ( il FMI, la Banca Mondiale, l’OMC, etc.,) non diventano importanti nella prospettiva di una costituzione giuridica sovranazionale che quando le si consideri nel quadro della dinamica della produzione biopolitica dell’ordine mondiale. La funzione che esse occupavano nell’antico ordine internazionale- vorremmo sottolinearlo- non è ciò che dà ora una legittimazione a queste organizzazioni. Ciò che le legittima adesso è piuttosto la loro funzione nuovamente possibile nel simbolico dell’ordine imperiale. Al di fuori di questo nuovo quadro, tali istituzioni sono inefficaci. Al massimo, l’antico quadro istituzionale contribuisce alla formazione e all’educazione del personale amministrativo della macchina imperiale, all’addestramento della nuova èlite imperiale. Le enormi società transnazionali e multinazionali costruiscono il tessuto connettivo fondamentale del mondo biopolitico, sotto certi aspetti essenziale. Il capitale, in effetti, è sempre stato organizzato nella prospettiva che abbraccia il mondo intero, ma è soltanto nella seconda metà del XX secolo che le società industriali e finanziarie multinazionali e transnazionali hanno veramente cominciato a strutturare biopoliticamente i territori su scala mondiale. Alcuni affermano che queste società sono venute semplicemente ad occupare il posto che era tenuto dai sistemi colonialisti ed imperialisti delle diverse nazioni nelle fasi anteriori dello sviluppo capitalista, dall’imperialismo europeo del XIX secolo fino alla fase fordista dell’evoluzione al XX secolo. Questo è in parte vero, ma questo posto stesso è stato sostanzialmente trasformato dalla nuova realtà del capitalismo. Le attività delle società non sono più definite dall’imposizione di un comando astratto e dall’organizzazione dello sfruttamento puro e semplice e di scambi non equi. Esse strutturano e articolano, piuttosto, direttamente territori e popolazioni, e tendono a fare delle Nazioni Unite semplici strumenti per registrare i flussi delle merci, del denaro e delle popolazioni che mettono in azione. Le società transnazionali ripartiscono direttamente la forza-lavoro sui diversi mercati, attribuiscono funzionalmente le risorse e organizzano gerarchicamente i differenti settori della produzione mondiale. La struttura complessa che seleziona gli investimenti e dirige le manovre finanziarie e monetarie determina la nuova