à E., à l'Espagne et à Don Quichotte de la Manche
Ce matin, vers midi, quand je me suis levé, ne sachant à quoi d'autre rêver, je me suis dit :«Rien n'est plus violent que la loi de l'amour». Car si elle possède la force de LA loi, elle n'en demeure pas moins illégitime. C'est ce qui en fait sa violence, d'ailleurs. Elle n'est ni une loi positive ni une loi naturelle. C'est pourtant la plus vieille loi : la prostitution est le plus vieux métier du monde. Ni garantie par la lumière ni par la nature ou l'âme, elle prend racine dans la métaphore du coeur. Elle se contracte et se décontracte, diastole et systole, et quand tout cela s'arrête, alors c'est vraiment l'arrêt de mort.
Mais si la loi de l'amour est illégitime, les autres positives naturelles sont illégales. Elles s'inventent par l'ingéniosité de la technique et du progrès, et proviennent par là de la barbarie.
L'amour ne se fonde sur aucun droit, sur aucune justice. Elle touche le coeur et surtout le corps, le blesse, comme le taureau d'un coup de tête encorne le toréador. Le coup de la loi de l'amour tranche la tête, démembre le corps.
La loi de l'amour touche à la mort, et c'est son plus beau destin. Et le reste, le calcul de l'amour, mais nous le savons bien, nous le savons depuis longtemps, nous ne faisons que savoir cela, n'est que sa bureaucratie. N'est-ce pas Kafka ?!
Je garde la blessure mortelle et crie à corps perdu.
[Stamattina, quasi a mezzogiorno, alzatomi, senza saper sognare altro, mi sono detto: "Non c'è niente di più violento che la legge dell'amore". Perchè se possiede la 'force de LA loi', non è meno illegittima. E questo non è nient'altro che la sua violenza. Non è nè legge positiva nè legge naturale. Ma la più antica legge: la prostituzione il più vecchio mestiere del mondo. Non giustificata nè dalla ragione nè dalla natura o l'anima, nasce dalla metafora del cuore. Si contrae e si distende, diastole e sistole, e quando si ferma, ecco, è questo, davvero, 'l'arrêt de mort'.
Ma se la legge dell'amore è illegittima, quelle positive o naturali sono illegali. Inventate con l'ingegniosità della tecnica e del progresso, vengono, proprio per questo, dalla barbarie.
L'amore non si fonda su alcun diritto, su nessuna giustizia. Tocca il cuore e, soprattutto, il corpo, lo ferisce, come il toro incorna il toreador. 'Le coup de loi' de l'amore stacca la testa, sventra il corpo.
La legge dell'amore 'tocca' la morte, ed è il suo più bel destino. Il resto, il calcolo dell'amore, lo sappiamo bene, lo sappiamo da tanto tempo, non facciamo che continuare a saperlo, non è che la sua burocrazia. Kafka, non è vero?!
Conservo la mia ferita mortale e grido a 'corpo perso'.
trad. di millepiani]